samedi 24 mai 2008

Chers documentalistes, bibliothécaires, professeurs, assoc'qui désirez m’inviter en 2008-09 pour des interventions de plusieurs jours (et nuits)


Dans la limite de mes disponibilités, j’accepte toujours vos invitations avec grand plaisir.

En 2007, J’ai rencontré environ 11.000 enfants ; j’ai effectué 352 interventions en 88 déplacements ; j’ai passé 112 nuits dans des chambres d’hôtel, des hôtels de gare, des hôtels de passe, des hôtels d’autoroute, des hôtels de zone industrielle, des hôtels vétustes, des hôtels là où le Bon Dieu a perdu ses souliers… ; j’ai mangé des dizaines de repas dans les cantines scolaires, j’ai monté et descendu avec mes bagages des milliers d’escaliers de métro, de gare… Je me suis levée à l’aube pour gagner des gares, pour prendre des dizaines de train. J’ai subi les grèves, les intempéries, les suicides sur les voies… J’ai attendu de longues semaines le règlement de mes prestations et le remboursement de mes billets de train.

Alors, en cette fin d’année scolaire, j’ose dire que je suis fatiguée, désabusée et sans courage.

Les questions que je me pose sont :

- Combien de temps tiendrais-je encore dans ces conditions-là ?

- Quel sens donner à tout cela ?

- Les enfants liraient-ils moins mes livres s’ils ne me rencontraient pas ?

- Est-ce la vocation d’un auteur jeunesse de payer ainsi de sa personne, de son temps, de ses forces, de sa santé ?

Je sais que vous jonglez avec des budgets qui se réduisent comme une peau de chagrin.

Je sais que sans vous, sans votre enthousiasme, votre passion, votre engagement, les enfants liraient moins et que, de ce fait, nous vendrions moins de livres…

Je sais que vous êtes nos prescripteurs et que vous vous battez pour offrir une place de choix à nos livres dans les écoles et les collèges.

Je sais que la préparation de la venue de l’auteur est souvent (pas toujours !) minutieusement préparée et que le jour de sa visite reste souvent un moment que les élèves garderont en mémoire. L’auteur aussi d’ailleurs !

Mais avez-vous déjà songé, en vous levant le jour J, après une bonne nuit de sommeil auprès des vôtres, en allant chercher votre auteur à son hôtel, qu’il sera fatigué, énervé, contrarié de ne pas avoir, pu, lui, fermer l’œil de la nuit ?

Le poste hébergement est celui sur lequel on rogne, forcément. Pourtant, très prosaïquement, c’est en grande partie de celui-ci que dépend la réussite des rencontres avec les enfants. Parce que seul un auteur satisfait et détendu donnera le meilleur de lui-même aux enfants et participera ainsi à la réussite (la vôtre) de la rencontre.

La Charte des auteurs stipule que pour un trajet de plus de trois heures, le voyage se fera en 1ère classe. Sur mes 88 déplacements, une bonne dizaine était dans ce cas de figure mais je n’y ai eu droit qu’une seule et unique fois !

À l’heure où j’écris ces lignes et me pose toutes ces questions, les demandes pour l’année prochaine pleuvent. Je n’y ai pas encore répondu…

S’il n’est pas question que j’abandonne complètement ces interventions qui me sont essentielles pour pouvoir continuer à écrire, qui m’ont permis de faire de fabuleuses rencontres d’enfants, d’ados, d’adultes, qui m’ont procuré tant d’émotions, je pense qu’il va falloir que je sois plus rigoureuse dans les conditions d’accueil. Attention, il n’est pas question d’exiger des hôtels de luxe, ni même des trois étoiles. Je me contente parfaitement des Ibis, Kyriad ou autres deux étoiles de ce type.

Il me semble aberrant d’avoir à demander d’ailleurs ce minimum de confort alors que cela devrait aller de soi !

Je réfléchis donc à la rédaction d’un mini-cahier de charges, préalable à toute acceptation d’invitation, que vous serez libres de valider ou pas.

J’aurai probablement moins de demandes, moins de rencontres mais je serai ainsi assurée que celles-ci se dérouleront dans les meilleurs conditions pour moi, pour vous, et pour les enfants.

Bien cordialement

Yaël Hassan

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